ADCPG26

Perdrix

Pour sauver la perdrix, agir sur le réel

ARTICLE DE CHASSE NATURE MARS 2026

La perdrix n'est pas seulement un oiseau emblématique de nos campagnes : elle est un indicateur précieux de la santé de nos paysages agricoles. Si elle décline, c'est tout un cortège d'espèces qui s'efface avec elle.

La perdrix est ce que les écologues appellent une espèce parapluie. Là où elle trouve encore les conditions nécessaires à sa survie, de nombreuses autres espèces d'oiseaux, d'insectes et de petits mammifères prospèrent également. Inversement, lorsque la perdrix disparaît, c'est le signe d'un dérèglement profond de l'écosystème agricole.

Depuis plusieurs décennies, les populations de perdrix sont en déclin constant. Cette réalité n'est plus contestée. Les travaux convergents de nombreux instituts de recherche européens pointent des causes bien identifiées : l'intensification des pratiques agricoles, la simplification des paysages, la disparition des haies, des bandes enherbées et des zones refuges, ainsi qu'une pression de prédation devenue excessivement élevée pour une espèce nichant au sol. La question centrale n'est donc pas de savoir si la perdrix est en difficulté, mais comment lui redonner des chances réelles de survie dans un environnement profondément transformé.

L’illusion du tout-interdiction

Face à une espèce vulnérable, la tentation est grande de recourir à une réponse simple et symbolique : interdire la chasse. Cette approche, intuitive en apparence, se heurte pourtant à la réalité des faits observés sur le terrain.

Dans plusieurs pays européens où la chasse à la perdrix est interdite depuis des décennies, les populations ont continué à décliner, allant jusqu'à la quasi-disparition de l'espèce. Ces exemples montrent clairement qu'un interdit de chasse, pris isolément, ne constitue pas une solution efficace. Il ne traite ni la dégradation des habitats ni la pression croissante exercée par des prédateurs généralistes particulièrement adaptés aux paysages modernes.

L'érosion des populations de perdrix est avant tout la conséquence d'un déséquilibre écologique : des milieux agricoles devenus pauvres en ressources et en refuges, combinés à une prédation élevée sur les nids, les poussins et les adultes. Dans ce contexte, l'interdiction de la chasse n'a qu'un impact marginal, voire nul, sur la dynamique des populations.

Agir sérieusement pour la perdrix suppose donc de dépasser les réponses symboliques et d'oser une approche fondée sur les mécanismes réels du déclin.

Habitat et prédation : les deux leviers incontournables

Les études scientifiques sont unanimes : le premier levier pour soutenir durablement la perdrix reste l'amélioration de son habitat. Des paysages plus diversifiés, des cultures moins homogènes, des bandes refuges, une gestion raisonnée des faucher et une offre alimentaire suffisante, notamment en hiver, sont autant de conditions indispensables à son retour.

Mais ces transformations du paysage agricole sont quasi inexistantes, trop lentes en tout cas. Elles dépendent de choix économiques, de politiques publiques et de l'engagement volontaire du monde agricole. Leurs effets, bien qu'ils soient essentiels, ne se feront sentir qu'à long terme.

Dans l'intervalle, un autre facteur joue un rôle déterminant : la prédation. De nombreux travaux de recherche démontrent que, dans les paysages agricoles actuels, la pression exercée par des prédateurs généralistes — tels que le renard, les corvidés ou certaines espèces de mustélidés — constitue un facteur limitant majeur pour les oiseaux nichant au sol.

C'est ici que l'action concrète devient indispensable. Le contrôle raisonné des prédateurs, encadré et ciblé, n'est ni une mesure idéologique ni une démarche archaïque. Il s'agit d'un outil de gestion écologique, complémentaire aux efforts de restauration des habitats. Sans cette régulation, les maigres succès obtenus par l'amélioration des milieux sont souvent annihilés avant même de produire leurs effets.

Choisir l'efficacité plutôt que le confort idéologique.

Sauver la perdrix exige du courage politique et de l'honnêteté intellectuelle. Il ne s'agit pas d'opposer protection de la nature et gestion cynégétique, mais de reconnaitre que la biodiversité ne se restaure pas par des interdictions de chasse et de repeuplements ni par des slogans rassurants.

Les expériences de terrain et les travaux scientifiques convergent : le rétablissement des espèces nichant au sol repose sur une combinaison cohérente de mesures  amélioration des habitats, ressources alimentaires suffisantes et gestion active de la prédation. Ignorer l'un de ces piliers, c'est condamner les deux autres à l'inefficacité. La perdrix ne demande pas des symboles. Elle a besoin d'actions concrètes, coordonnées et fondées sur la réalité écologique de nos campagnes.

 

Voliere

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Inventaire perdrix rougeInventaire perdrix rouge (428.88 Ko)

programme perdrix rouge _ prédation_ habitats

Eude 2015 – extrait du Rapport de recherche 2014-2015 de l’IMPCF
(Institut Méditerranéen du Patrimoine Cynégétique et Faunistique)

Balise sur perdrix

Face à l’évolution de la réglementation en matière de régulation des espèces susceptibles de porter atteinte aux intérêts protégés, face à l’augmentation de la pression de prédation sur la faune sauvage et compte tenu de l’évolution des milieux en faveur de la grande faune, l’IMPCF a initié un vaste programme dès le mois d’août 2014 consistant à vérifier si l’absence de contact avec l’homme (pas d’imprégnation) et le conditionnement à la présence de prédateurs peuvent améliorer la survie en nature des perdrix rouges lâchées. Dans ce but un lot dit « éduqué » a été soumis en élevage à des tests répétés à différents âges. L’autre lot dit « témoin »a été élevé en présence de l’homme et sans aucun test comme cela se pratique dans la plupart des élevages. Le premier objectif du programme est de comparer en nature la survie, la dispersion et l’occupation des milieux des deux lots de perdrix rouges.

_ Marquage et suivi des oiseaux

Toutes les perdrix lâchées ou capturées en nature puis relâchées ont été équipées d’un émetteur (BIOTRACK –PIP Ag357 de 5 g comportant un capteur d’activité et d’une durée de fonctionnement de 9 mois minimum) et suivies quotidiennement dès la date du lâcher ou du marquage. Les oiseaux expérimentaux lâchés ont tous été maintenus en parc de pré lâcher pendant plusieurs jours avec de l’eau et de la nourriture. Ce passage en parc permet aussi d’éviter un effet négatif notamment au regard de la prédation dû au stress éventuel occasionné par les manipulations pendant le marquage des oiseaux. Un seul cas de mortalité a été observé en parc de pré-lâcher pendant cette période d’étude. Pour chaque catégorie d’oiseau étudié le suivi par télémétrie se poursuit jusqu’à la mort de l’individu ou jusqu’à la date d’arrêt de l’émetteur. Les localisations sont réalisées chaque jour en règle générale ou tous les deux jours lors des périodes où le nombre d’oiseaux équipés dépassait les 60.

Le matériel de localisation journalière est composé d’un récepteur SIKA et d’une antenne directionnelle.

Chaque localisation (et/ou observation) est reportée sur une fiche comportant l’ensemble des données (date, heure, association, relevé GPS, coordonnées du carreau, etc.). Ces données sont ensuite informatisées et importées sur notre base

de données SIG ArcView. Les taux de survie ont été calculés sur les oiseaux localisés à l’exclusion des disparus (perte du signal) dont on ignore le devenir (émetteur défectueux, emporté hors des zones d’étude par un prédateur ou un véhicule, etc.).

Sur ces oiseaux, outre le baguage par une bague de couleur et une bague métallique numérotée, plusieurs mesures ont été réalisées : poids, longueur de l’aile pliée, détermination de l’âge.

Chaque oiseau a ensuite fait l’objet d’un prélèvement d’ADN (écouvillonnage et prélèvement de plumes) qui a été transmis au laboratoire ANTAGENE pour :

_ La détermination du sexe,

_ L’évaluation du taux individuel d’hybridation grâce aux 20 marqueurs SNP

_ L’identification de 19 microsatellites qui permettront entre autres de mieux «typer» génétiquement les différents lots de perdrix suivies ; notamment leur

diversité et structuration génétique.

En complément des localisations quotidiennes par triangulation, des observations non moins quotidiennes sont réalisées afin de vérifier la cohérence des résultats entre les oiseaux radio-localisés et ceux non équipés d’un émetteur.

En août 2014 les oiseaux de 14 à 18 semaines ont été lâchés après un séjour de quelques jours en parcs :

 800 sur le causse (400 éduqués et 400 témoins)

et 500 (200 éduqués et 300 témoins) sur le territoire méditerranéen (garrigue et plaine).

En février 2015, des captures (N=46) ont été réalisées sur la totalité des deux zones de garrigues et de cultures méditerranéennes pour évaluer la contribution des oiseaux des différentes origines à la reproduction

et en mars 2015, 30 couples ont été lâchés tous équipés d’un émetteur et suivis (10 sur chacune des 2 zones méditerranéennes et 10 sur le causse).

Les résultats de ce rapport concernent la période août 2014 - 30 juillet 2015.

Résultats Causse du Larzac :

Pelouses calcaires – buis genévriers – céréales -prairies :

Exemple d’essai de reconstitution d’une population de perdrix rouge

(population résiduelle de l’ordre de 1 couple aux 100 ha au printemps 2014)

Taux de survie perdrix

Sur le territoire du Larzac sur lequel la chasse de la perdrix a été momentanément suspendue, nous avons considéré 2 périodes déterminantes, 20 et 60 jours après le lâcher :

_ 20 JOURS APRES LE LACHER : la survie des perdrix « éduquées » est environ deux fois supérieure à celle des perdrix du lot témoin. Ce résultat revêt toute son importance dans le cas où les gestionnaires décident de pratiquer un renforcement de populations en été.

_ 60 JOURS APRES LE LACHER : la différence entre les deux lots s’amenuise et

reste très légèrement à l’avantage des « éduqués » (15 % vs 13 %). Par la suite

les chiffres portent sur de faibles échantillons.

Au 30 juillet 2015, il ne reste qu’un seul oiseau « témoin » équipé d’émetteur issu

des lâchers d’été 2014 encore vivant et suivi sur ce territoire.

Les causes de mortalité

Les cadavres ont été rapidement retrouvés et expertisés grâce au suivi

télémétrique quotidien.

Nous pouvons donner un bilan provisoire des causes les plus probables de

mortalité. Le graphique ci-dessous synthétise les résultats par territoire. L’identification des causes a été réalisée grâce aux indices laissés par les prédateurs sur le corps, les plumes, dans l’environnement immédiat du cadavre, etc. En outre des photos ont été

prises à chaque découverte de cadavre.

Causes de predation

Les carnivores sont la principale cause de mortalité présumée (58 % à 62 %).

Les rapaces (diurnes et nocturnes) représentent ensuite entre 12 % et 23 % des cas

de prédation avec un taux supérieur sur le Causse du Larzac.

Les collisions avec les véhicules sont évaluées à 4 %dans les deux cas.

La catégorie inconnue (14 % et 15 %) rassemble les individus pour lesquels la cause de mortalité n’a pas pu être identifiée ; il peut s’agir de prédateurs ayant laissé peu d’indices ou bien d’actes de braconnage ou l’émetteur aurait été enlevé du cou de l’oiseau puis jeté tel quel en nature.

Précisons que l’ajustement du collier émetteur est tel qu’il est très peu probable que l’animal puisse l’enlever tout seul. Sur le territoire chassé, le prélèvement par la chasse représente 8 % des causes de mortalité globales connues.

Références : Rapport recherche 2014/2015 IMPCF – septembre 2015

La perdrix rouge

La perdrix rouge

Date de dernière mise à jour : 23/03/2026